LA MINE DE CANARI
DE LA PROSPERITE
A LA MISE EN DANGER DE LA VIE D'AUTRUI

Dans son ouvrage « L'aventure industrielle de l'amiante en Corse », M. Guy Méria, inspecteur principal des affaires sanitaires et sociales à la DDASS, indiquait que « la mine de Canari assurait la quasi-totalité de la production nationale et fournissait à elle seule 25 % des besoins industriels continentaux ».

En 1938, le conseil municipal de Canari approuve le contrat portant concession des gisements amiantifères à la société Eternit. Dès 1939, les études sont lancées pour créer une usine de production de 2.000 tonnes, qui produira 6.000 tonnes après la guerre. L'exploitation est confiée à une filiale de la société Eternit, la société minière de l'amiante (SMA), qui décidera de construire une nouvelle usine, dite Canari I, en 1947.

La production, avec la mécanisation, va passer de 6.000 tonnes par an en 1950 à 11.500 tonnes en 1954 (date à laquelle est installée la seconde partie de l'usine), et jusqu'à 25.500 tonnes en 1962, trois ans avant la fermeture du site.

En 1962, la production de Canari place la France au septième rang des pays producteurs d'amiante. La mine couvre alors le cinquième des besoins du marché intérieur, le reste étant importé du Canada, de l'URSS ou de l'Afrique du Sud (100.000 tonnes environ) ; 10.000 tonnes sont par ailleurs vendues à l'étranger, notamment à l'Allemagne.

Depuis 1965, date de la fermeture du site, quelles ont été les mesures destinées à sécuriser cette friche industrielle ?

Les travaux de sécurisation de la mine de Canari dans le Cap Corse ont été confiés à la société VINCI pour un montant initial de 4 millions d'euros. Le montant de ces travaux s'élèverait aujourd'hui à 7 millions d'euros. De plus, l'exécution du chantier est actuellement stoppé. Il serait grand temps que l'Etat démontre sa véritable volonté de sécuriser définitivement le site. L'amiante, décidément, en Corse, n'est pas pris au sérieux sur ses réels dangers. Un article de 1962 du Bulletin de la société des sciences historiques et naturelles de la Corse, souligne que « la mine d'amiante de Canari est de loin l'entreprise industrielle la plus florissante de l'île ; sa production de l'ordre de 25.500 tonnes par an, représente une valeur marchande de 9.400.000 MF, ce qui en fait la troisième richesse de la Corse après les produits de l'exploitation forestière et les spéculations pastorales ».

La prospérité de cette industrie n'a pas été suivie des mesures de sécurisation nécessaire alors même que son exploitation était rentable et a dégagé des bénéfices certains. 35 ans après la fermeture du site, il est regrettable de constater que les travaux de sécurisation indispensables n'ont débuté qu'en début d'année pour s'achever de manière inexpliquée à peine quelques semaines après. Il faut que l'Agence Régionale de Santé (ex-DDASS) et la préfecture de Corse présentent une carte des zones amiantées de tout le territoire et des risques encourus. Les populations doivent savoir la vérité que représente le très grave problème de santé publique qu'est l'amiante.

M. DUBOIS, médecin du travail, a indiqué que les études révélaient des pics de pollution très importants sur les chantiers lors des opérations de creusement et de chargement des déblais. Il craint une "explosion des pathologies dans 20 ou 30 ans".

Tous doivent se saisir de ce problème environnemental qui touche à la vie de chacun et chacune à proximité immédiate du Cap Corse.